Des résultats concrets qui incitent à  l’optimisme

Du 05 au 12 Octobre 2009, l’AProCA a organisé une mission de capitalisation sur le coton Bt au Burkina Faso. Cette mission succède à  d’autres missions qui se sont déroulées en Afrique du Sud et au Brésil toujours autour de la màªme problématique.
Je remercie l’AProCA, et à  travers elle le Président François TRAORE qui a bien accepté que cette visite se fasse dans sa plateforme.
Je salue le courage du Gouvernement burkinabé, premier gouvernement africain, après l’Afrique du Sud et l’Egypte, à  faire le test du coton Bt dans son pays. Du courage, il en est fallu pour qui conna&agraveît les réticences de certains pays et ONG aux OGM. Je salue surtout l’esprit dans lequel les tests on été menés au Burkina Faso. Cela s’est passé dans un esprit de valorisation de la recherche burkinabé. L’Etat a fait confiance à  la recherche. Et cette recherche a fait un travail très important.
J’ai trouvé cela capital. Pour une fois, un Etat valorise autant sa recherche, ce qui n’est pas le cas ailleurs. Ce qui m’a impressionné le plus, c’est qu’on a mis en place une structure qui gère la question des OGM au niveau du pays : l’Agence Nationale de Biosécurité (ANB). Cette structure est là  pour réglementer l’entrée des OGM dans le pays. Elle travaille en étroite collaboration avec la recherche.
Ce que j’ai compris, c’est que l’obtention et la distribution des semences Bt ne change pas : c’est le màªme schéma que les semences du coton conventionnelle. La gàªne provient de la firme Monsanto. Les semences dans lesquelles ont mis la technologie est une copropriété de l’Etat burkinabé et de Monsanto, et un accord lie les deux acteurs pour la disponibilité des semences, la multiplication étant faite par les producteurs semenciers du Burkina.
En écoutant les producteurs de coton du Burkina, je me suis rendu compte que la culture du coton Bt est l’idéal aussi bien pour les mauvais producteurs, les gros producteurs que pour les sociétés cotonnières africains.
Idéal pour les mauvais producteurs parce qu’ils ont souvent tendance à  ne pas effectuer l’ensemble des traitements en coton conventionnel et investissent moins pour l’entretien du champ. Le coton Bt répond de ce fait parfaitement à  leurs habitudes (moins de traitement, donc moins d’investissements).
Idéal pour les gros producteurs parce qu’il réduit considérablement leurs efforts (physique, matériel et financier) qu’ils investissent d’habitude dans l’entretien des grandes surface qu’ils exploitent. Avec le coton Bt, ils n’auront plus à  parcourir pendant des jours entiers leurs surfaces, ils peuvent augmenter leurs superficies et auront plus de temps pour entretenir leurs productions.
Idéal pour les sociétés cotonnières africain parce qu’il permet d’augmenter sensiblement la production en quantité et en qualité du coton fibre.
Certes, il y aura des gens pour dire que tout cela va couter. Effectivement, une chose qui a des avantages aussi importants doit avoir du coût.
Mais en écoutant les producteurs de coton du Burkina, il y a plus d’avantages avec le coton Bt qu’avec le coton conventionnel, malgré le prix de la semence. Les producteurs ne s’attardent pas au calcul des coûts des OGM et prix des insecticides. Ils ne basent pas les gains sur les valeurs monétaires mais tiennent comptent des avantages en temps. Ils ont une perception claire : il y a plus d’avantages à  traiter moins son coton.
Avec le coton conventionnel, ils font 6 traitements. Avec ces 6 traitements, la distance parcourue, la quantité d’eau utilisée et les risques d’intoxication, il ya une dégradation continue de l’environnement. En ajoutant le gain de temps qu’ils ont pour entretenir leurs champs, le calcul est fait. Un producteur nous a màªme raconté une anecdote à  propos des traitements : il faisait 15 hectares de coton en conventionnel depuis 4 ans. Lorsqu’arrivait la période de traitement, son fils qui était chargé traitait la superficie pendant des jours entiers de façon ininterrompue. Et ce garçon ne pouvait plus rester avec ses camarades à  cause des odeurs des produits. Il était devenu comme un bouc, indexé à  tous ses passages dans la ville. Cette année, ce producteur a emballé 17 hectares de coton Bt, et pas un seul traitement.
En effet, les sociétés cotonnières leurs ont conseillé de faire 2 traitements en fin de cycle. Et les producteurs de coton burkinabé, étant des professionnels, font des fouilles dans leurs champs pour vérifier d’abord la présence d’insectes avant tout traitement. En fin de compte, il n’ya eu aucun traitement.
Si aujourd’hui on faisait le calcul, le coût des 6 traitements de la semence en coton conventionnel, on trouvera que tout cela est plus cher que le coût de la semence Bt. Mieux, le coton Bt augmente la production de l’ordre de 30 %.
Parlant de zones de refuge, il ya des antis €“ OGM qui disent qu’il faut des zones de refuge. Mais les chercheurs burkinabés nous ont fait savoir qu’à  partir de 15 mètres de séparation, il n’ya pas de contamination. L’Agence Nationale de Biosécurité a augmenté la distance à  25 mètres. En Europe, il ya des producteurs qui ont 1000 hectares contre 10 en moyenne chez nous en Afrique. En mettant donc un champ de maà¯s ou de sorgho à  coté d’un champ de coton Bt, le problème de zones de refuge est résolu.
Aujourd’hui, ce que j’ai remarqué, c’est que si on disait aux producteurs de coton du Burkina de ne pas faire du coton Bt, la production nationale allait fortement baisser.
Pour conclure, quand il ya eu la question des semences de maà¯s hybrides, j’ai discuté en son temps avec quelqu’un qui me disait que l’Afrique n’était pas pràªte pour cette technologie. Je lui avais fait savoir qu’il se trompait et que cela dénotait d’une volonté de retarder l’Afrique.
C’est exactement ce qui est entrain de se passer à  propos du coton Bt. Ce sont les màªmes personnes qui intoxiquent nos gouvernements à  ne pas souscrire aux biotechnologies agricoles, argumentant la màªme chansonnette qui dit que l’Afrique n’est pas encore pràªte.
Il ya un proverbe peul qui dit ceci : « quand tu vas très tà´t le matin en brousse, tu perds. Quand tu attends tard la nuit pour y aller, tu perds. Mais puisqu’il faut forcement y aller, mieux vaut aller très tà´t le matin pour t’habituer à  la brousse que de partir le soir ». Cela veut dire que dans un cas comme l’autre, on en arrivera aux OGM. Mais pourquoi ne pas les prendre aujourd’hui ? Qui peut nous dire aujourd’hui que la farine de blé que nous consommons en Afrique est OGM ou pas ? Personne ne peut nous le dire aujourd’hui avec certitude.
Je lance donc un appel à  tous ceux qui peuvent nous aider à  faire comprendre aux gouvernements africain qu’en acceptant cette nouvelle technologie, on pourra booster l’agriculture en général et en particulier la culture du coton.
Je terminerai en disant que je ne suis ni pro ni anti OGM. Je ne fais que dire ce que j’ai vu au Burkina Faso. Et ce que j’ai vu est une alternative sérieuse qui peut booster l’agriculture en Afrique et plus spécifiquement la production cotonnière.

Moussa SAB ALY
Président de la FNPC (Fédération Nationale des Producteurs de Coton du Sénégal)
Vice-président de l’AProCA